À contre-courant de la tendance restrictive observée dans plusieurs pays européens, le gouvernement espagnol s’apprête à lancer une régularisation massive de migrants en situation irrégulière, qui pourrait concerner environ un demi-million de personnes. La mesure, adoptée mardi en Conseil des ministres, vise à soutenir la croissance économique et à renforcer la cohésion sociale.
« C’est un jour historique pour notre pays », s’est félicitée la ministre des Migrations et porte-parole du gouvernement, Elma Saiz. Selon elle, cette décision renforce « un modèle migratoire fondé sur les droits humains, l’intégration et le vivre-ensemble, compatible avec la croissance économique ».
Qui est concerné ?
La régularisation s’adresse aux personnes :
- arrivées en Espagne avant le 31 décembre 2025 ;
- présentes sur le territoire espagnol depuis au moins cinq mois.
Les demandes pourront être déposées à partir d’avril et jusqu’au 30 juin 2026. Les bénéficiaires obtiendront une autorisation leur permettant de travailler légalement dans tous les secteurs et sur l’ensemble du territoire.
Une décision économique assumée
Le Premier ministre Pedro Sánchez défend depuis plusieurs mois une approche ouverte de l’immigration. Selon lui, celle-ci représente près de 80 % de la croissance économique espagnole au cours des six dernières années.
Cette annonce intervient alors que l’Espagne a enregistré un taux de chômage inférieur à 10 % pour la première fois depuis 2008, notamment grâce à l’augmentation des emplois occupés par des travailleurs étrangers.
Un décret pour contourner le Parlement
Faute de majorité parlementaire, le gouvernement a choisi de faire adopter la mesure par décret royal, un outil juridique lui permettant d’éviter un vote au Congrès.
Cette régularisation complète une réforme adoptée en novembre 2024, qui prévoyait déjà la régularisation de 300 000 migrants par an pendant trois ans, afin de répondre au vieillissement de la population et aux besoins du marché du travail.
Une mesure qui divise la classe politique
Si la gauche radicale, notamment Podemos, a salué une avancée en matière de droits humains, la droite et l’extrême droite ont vivement dénoncé la décision.
Le chef du Parti populaire (PP), Alberto Núñez Feijóo, a qualifié la politique migratoire du gouvernement d’« insensée », tandis que le leader de Vox, Santiago Abascal, a fustigé ce qu’il considère comme un « appel d’air migratoire ».
Une pression de la société civile
Cette réforme fait suite à une initiative citoyenne soutenue par plus de 600 000 signatures et près de 900 associations, réclamant une régularisation exceptionnelle des migrants sans-papiers.
Selon le think tank Funcas, les migrants latino-américains pourraient être les principaux bénéficiaires de la mesure, représentant plus de 90 % des personnes actuellement en situation irrégulière en Espagne.











