Alors que le nucléaire revient au cœur des stratégies énergétiques et industrielles mondiales, Faure Essozimna Gnassingbé appelle l’Afrique à ne pas reproduire le modèle de simple exportation des matières premières. Le président du Conseil de la République togolaise défend une implication africaine dans toute la chaîne de valeur, avec un accent particulier sur le financement, la formation et la coopération régionale.
Le nucléaire revient au cœur des enjeux mondiaux
Le nucléaire connaît un regain d’intérêt à l’échelle internationale, porté à la fois par les enjeux climatiques, la souveraineté énergétique, les besoins industriels et l’essor de l’intelligence artificielle. Les États cherchent à sécuriser leur approvisionnement énergétique tandis que les industries et les data centers ont besoin d’une électricité stable, disponible en continu et décarbonée.
Pour l’Afrique, cette évolution pose une question stratégique : quelle place le continent entend-il occuper dans cette nouvelle économie ? Faure Gnassingbé estime que l’Afrique ne doit pas se limiter à fournir des minerais comme l’uranium avant d’importer les technologies et la valeur ajoutée produites ailleurs.
Ne plus seulement exporter les matières premières
Le président togolais plaide ainsi pour une approche permettant au continent de développer ses propres compétences et ses capacités industrielles. Cela passe notamment par la formation des ingénieurs, le renforcement des régulateurs, le développement des chaînes de services et la mobilisation des investissements.
Cette ambition ne signifie pas, selon le texte, opposer le nucléaire aux énergies renouvelables. Solaire, hydroélectricité, stockage, interconnexions régionales, gaz et nucléaire peuvent être envisagés comme des composantes complémentaires des futurs systèmes énergétiques africains.
L’enjeu prend une dimension supplémentaire avec le développement de l’IA. Les infrastructures numériques, notamment les data centers, nécessitent d’importantes quantités d’électricité. Pour Faure Gnassingbé, la souveraineté numérique dépend donc aussi de la capacité à disposer d’une énergie abondante et stable.
Le financement, principal défi
Au-delà de la technologie, le principal obstacle identifié est celui du capital. Plusieurs pays africains manifestent un intérêt pour le nucléaire, mais certains projets restent confrontés au coût élevé du financement et à la perception des risques politiques, réglementaires et économiques.
Le président togolais estime qu’un projet nucléaire ne devient véritablement concret que lorsqu’il est finançable. Cela suppose de renforcer les cadres réglementaires, les dispositifs de sûreté, les compétences, mais aussi de garantir une visibilité de long terme aux investisseurs.
Dans cette perspective, banques multilatérales, fonds souverains, investisseurs privés, États, constructeurs et grands consommateurs d’électricité sont appelés à intervenir plus tôt dans la structuration des projets.
Le Togo mise d’abord sur la crédibilité
Le Togo entend avancer progressivement dans ce domaine. Membre de l’AIEA depuis 2012, le pays a été élu à son Conseil des gouverneurs pour la période 2025-2027 et a créé, en janvier 2025, son Commissariat à l’énergie atomique.
Lomé travaille également au renforcement de son cadre législatif, de son dispositif de sûreté et de sa préparation aux urgences radiologiques. En février 2026, le Togo a par ailleurs signé avec l’AIEA un nouveau cadre de programmation couvrant la période 2026-2031, avec des domaines tels que la santé, l’agriculture, la sécurité alimentaire, les sciences nucléaires et l’énergie.
Pour le président togolais, cette démarche repose d’abord sur la confiance dans les institutions, le droit, les compétences nationales et la capacité à garantir la sûreté d’un programme nucléaire sur le long terme.
Vers une coopération nucléaire africaine renforcée
Faure Gnassingbé défend également une approche régionale. Plutôt que de voir chaque pays développer séparément toutes les compétences nécessaires, il propose de réfléchir à des programmes communs de formation, des mécanismes régionaux de garantie et une capacité africaine de négociation.
Les petits réacteurs modulaires (SMR) et les microréacteurs pourraient constituer, selon cette vision, une voie d’accès supplémentaire au nucléaire. Mais leur intérêt dépendra notamment de leur sûreté, de leur maturité technologique, de leur coût, du financement, de la maintenance et de leur capacité à favoriser la création de valeur locale.
L’objectif affiché est donc de permettre aux pays africains de comparer les différentes technologies et les offres des partenaires internationaux selon leurs propres besoins, plutôt que de choisir sur la seule base de considérations géopolitiques.
Lomé prépare déjà le prochain rendez-vous
Le Togo veut contribuer à cette dynamique en utilisant notamment sa position régionale, ses infrastructures et sa diplomatie. Après les rendez-vous de Kigali et Londres, Lomé doit accueillir, du 1er au 3 juin 2027, la prochaine édition du Nuclear Energy Innovation Summit for Africa.
Pour Faure Gnassingbé, cette rencontre devra aller au-delà des échanges et permettre de faire émerger des projets concrets : technologies évaluées, financements structurés, formation des compétences, partenariats industriels et mécanismes de partage des risques.
L’ambition affichée est résumée par une formule : « From Ambition to Execution ». Le Togo souhaite ainsi faire de Lomé un espace où États, régulateurs, institutions financières, industriels et partenaires internationaux pourront travailler à la concrétisation de projets nucléaires africains.


