L’arrestation à Lomé, le 17 janvier, puis la remise rapide de Paul-Henri Sandaogo Damiba aux autorités burkinabè marquent un tournant discret mais hautement symbolique dans les équilibres politiques et sécuritaires en Afrique de l’Ouest. Ancien président de la transition du Burkina Faso, renversé en septembre 2022, l’ex-lieutenant-colonel vivait depuis plus de deux ans en exil au Togo, jusqu’à ce que cet accueil devienne diplomatiquement intenable.
D’une source proche du militaire, c’est vendredi 16 janvier que le lieutenant-colonel Damiba a été conduit de sa villa du quartier « Lomé 2 » vers la Cour d’appel. Là, un juge a statué sur son sort et accédé à la demande d’extradition formulée par le pouvoir burkinabé a rapporté RFI .
Selon la même source , sitôt la décision rendue, quelques effets personnels lui ont été apportés, depuis le complexe des « Six villas » où il résidait. Les « Six villas », une zone ultra-surveillée de la capitale togolaise où Paul-Henri Damiba n’était pas tout à fait libre de ses faits et gestes.
À Ouagadougou, le régime du capitaine Ibrahim Traoré accuse son prédécesseur d’être impliqué dans un projet de coup d’État visant à renverser le pouvoir en place. Selon les autorités burkinabè, le complot, qui aurait dû être déclenché début janvier, aurait bénéficié de soutiens extérieurs avant d’être déjoué par les services de renseignement. Des accusations difficiles à vérifier de manière indépendante, mais révélatrices du climat de suspicion permanente qui entoure la transition burkinabè.
D’après plusieurs sources proches du dossier, Lomé n’aurait pas ignoré ces alertes. Informé de l’existence supposée de ce projet, le Togo aurait adressé dès le 31 décembre 2025 un avertissement formel à Damiba, lui demandant de s’abstenir de toute activité politique ou sécuritaire susceptible de nuire à la stabilité du Burkina Faso. Une seconde mise en garde aurait suivi, sans effet.
Quand l’exil devient un risque diplomatique
Dans ce contexte, le maintien de Paul-Henri Sandaogo Damiba sur le sol togolais est progressivement apparu comme un risque diplomatique majeur. Le Togo, qui cherche à s’imposer comme un acteur de dialogue et de médiation entre les régimes militaires du Sahel et leurs partenaires régionaux, ne pouvait se permettre d’être perçu comme un sanctuaire pour une figure jugée déstabilisatrice par l’Alliance des États du Sahel (AES).
En procédant à cette remise, Lomé envoie un signal clair de coopération sécuritaire à Ouagadougou, tout en s’alignant sur les nouvelles réalités géopolitiques régionales. Cette décision illustre également la marge de manœuvre de plus en plus étroite des États côtiers face aux exigences sécuritaires des régimes sahéliens.
Déjà mis en cause en septembre 2024 dans une précédente affaire de complot présumé, Damiba pourrait désormais faire face à de lourdes poursuites pour haute trahison et atteinte à la sûreté de l’État. Des accusations graves, dans un Burkina Faso engagé dans un durcissement de son arsenal juridique et pénal.
Au-delà du cas individuel de Paul-Henri Sandaogo Damiba, cette affaire révèle une recomposition silencieuse des alliances et des rapports de force en Afrique de l’Ouest, où l’exil politique ne constitue plus une protection durable pour les anciens dirigeants déchus du Sahel.











