En Guinée, une nomination fait beaucoup parler. Patricia Lamah, jusque-là connue du grand public comme entrepreneure dans la coiffure spécialisée en cheveux naturels, a été propulsée au cœur de l’appareil d’État. Le président de la transition, Mamadi Doumbouya, l’a choisie pour diriger le ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités, dans le premier gouvernement issu de son mandat constitutionnel.
Cette décision a suscité étonnement, débats et parfois scepticisme. Peu identifiée comme une actrice politique, Patricia Lamah était avant tout une figure populaire sur les réseaux sociaux et dans le milieu entrepreneurial féminin. Pourtant, son parcours révèle une trajectoire plus dense qu’il n’y paraît.
Née en 1987, elle est diplômée d’un Master en droit privé obtenu à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia. Après le baccalauréat décroché en 2006 au lycée Sainte-Marie de Conakry, elle entame une carrière dans le secteur bancaire, passant notamment par UBA Guinée et la BCI Guinée, où elle intervient sur des dossiers juridiques et contentieux.
À partir de 2017, elle opère un virage professionnel en lançant Pat’s Natural Beauty, une entreprise dédiée à la valorisation des cheveux naturels. Le projet prend rapidement de l’ampleur avec l’ouverture de deux salons, dont un à Conakry. Sa notoriété dépasse les frontières guinéennes en 2018, lorsqu’elle remporte un concours international de coiffure en Côte d’Ivoire.
Mariée et mère, Patricia Lamah revendique une identité multiple : femme, entrepreneure et responsable familiale. Une posture qui a contribué à renforcer son aura auprès des jeunes femmes et des porteuses de projets. À l’annonce de sa nomination, elle a exprimé sa reconnaissance au chef de l’État et au Premier ministre, promettant une action fondée sur l’écoute, l’humilité et l’engagement social.
Mais cette entrée au gouvernement s’accompagne de fortes attentes. Des organisations féministes appellent la nouvelle ministre à s’attaquer rapidement aux dossiers sensibles, notamment les violences basées sur le genre et la prise en charge effective des victimes, y compris dans les zones rurales.
Avec Patricia Lamah, les autorités guinéennes misent sur un profil atypique, à la croisée du droit, de l’entrepreneuriat et de l’influence sociale. Reste désormais à transformer le symbole en résultats concrets, dans un ministère au cœur des enjeux sociaux du pays.











