Ancien président du Sénégal, Abdoulaye Wade célèbre ses 100 ans ce 29 mai 2026. Figure majeure de la politique africaine, il aura traversé un siècle d’histoire entre opposition, prison, conquête du pouvoir et alternance démocratique.
De Saint-Louis à Dakar, de la Sorbonne au palais présidentiel, celui que les Sénégalais surnomment « Gorgui » a construit un parcours unique, marqué par des combats politiques, des retournements spectaculaires et une volonté de fer.
Une naissance entourée de mystère
Officiellement, Abdoulaye Wade est né le 29 mai 1926 à Saint-Louis. Mais l’ancien président lui-même a entretenu le doute sur son âge réel.
« J’ai 87 ans. Mais admettons que j’en aie 90 : et après ? Je suis en bonne santé », déclarait-il à Jeune Afrique en 2014.
Issu d’une famille aisée de Kébémer, il effectue de brillantes études en France, notamment à la Sorbonne, avant de devenir avocat puis professeur de droit.
L’avocat qui défend Mamadou Dia
En 1963, Wade se fait connaître en défendant Mamadou Dia, ancien Premier ministre de Léopold Sédar Senghor accusé de tentative de coup d’État.
Malgré ses efforts, Dia est condamné à la prison à vie.
Wade confiera plus tard avoir été « très malheureux » de cette condamnation qu’il jugeait « injuste et très sévère ».
Le « lièvre futé » face à Senghor
En 1974, Abdoulaye Wade réussit un coup politique majeur en obtenant l’autorisation de créer le Parti démocratique sénégalais (PDS).
Senghor, conscient de son habileté politique, le surnomme alors « Ndiombor », c’est-à-dire « lièvre futé » en wolof.
Le PDS devient rapidement la principale force d’opposition au Sénégal.
Des années d’opposition et de prison
Durant les années 1980 et 1990, Wade affronte plusieurs fois le président Abdou Diouf sans parvenir à le battre.
Arrêté à plusieurs reprises, il connaît aussi la prison.
En 1994, beaucoup pensent sa carrière terminée après une nouvelle arrestation et plusieurs revers électoraux.
Mais Wade refuse d’abandonner.
2000 : l’alternance historique
Le 19 mars 2000, Abdoulaye Wade réalise l’impensable : battre Abdou Diouf et devenir président du Sénégal.
Avec 58,5 % des voix, il devient le premier opposant à accéder démocratiquement au pouvoir dans un pays d’Afrique francophone sans transition militaire ni conférence nationale.
« Le seul arbitre qui existe aujourd’hui, c’est l’armée », avait-il lancé pendant la campagne pour dénoncer les risques de fraude électorale.
Sa victoire déclenche une immense ferveur populaire à Dakar autour du slogan « Sopi » (« changement » en wolof).
Le pouvoir, les grands projets et les controverses
Réélu en 2007, Wade lance de grands projets d’infrastructures : autoroute Dakar-Diamniadio, nouvel aéroport, monuments et modernisation urbaine.
Mais ses adversaires l’accusent progressivement de dérive personnelle et de vouloir préparer son fils Karim Wade à lui succéder.
Cette volonté supposée de succession dynastique fragilise fortement sa popularité.
2012 : la sortie par les urnes
Candidat à un troisième mandat controversé en 2012, Wade est battu par son ancien Premier ministre Macky Sall.
Contrairement aux craintes de certains observateurs, il accepte rapidement sa défaite.
« Les choses se précisent, tu vas gagner, je te félicite », aurait-il déclaré à Macky Sall au téléphone le soir du scrutin.
Ce geste consolide son image d’homme attaché au jeu démocratique malgré les critiques formulées contre son pouvoir.
Une figure incontournable de l’histoire sénégalaise
À 100 ans, Abdoulaye Wade reste l’une des personnalités politiques les plus marquantes du continent africain.
Avocat brillant, opposant infatigable, stratège redoutable et acteur majeur de l’alternance démocratique au Sénégal, il aura profondément marqué plusieurs générations de Sénégalais et l’histoire politique africaine contemporaine.










