Avec une urbanisation qui s’accélère – près de six Togolais sur dix vivent désormais en zone urbaine – l’État a engagé une réforme en profondeur du permis de construire. Depuis 2020, l’objectif est clair : simplifier, sécuriser et moderniser une procédure longtemps perçue comme lente et opaque, tout en encadrant davantage la qualité des constructions.
Désormais, la demande de permis de construire passe par un guichet unique numérique, accessible via la plateforme officielle service-public.gouv.tg. La démarche, réservée aux architectes agréés, se fait entièrement en ligne : dépôt du dossier, calcul automatique des frais, paiement mobile et validation électronique. Là où il fallait auparavant plusieurs mois, le délai moyen est aujourd’hui ramené à environ quinze jours.
Cette transformation repose sur un cadre juridique renforcé, notamment la loi de 2017 sur les transactions électroniques, qui donne une valeur légale pleine aux échanges numériques. Pour l’administration, c’est un gain de temps et de traçabilité ; pour les promoteurs formels, une meilleure prévisibilité des projets.
Mais cette modernisation révèle aussi ses limites. Les autoconstructeurs, très nombreux dans les quartiers populaires comme Bè ou Adidogomé, restent en marge du système. Faute d’accès direct à la plateforme et de recours à un architecte agréé, une grande partie de la population demeure exclue de cette réforme, accentuant la fracture numérique et sociale.
Des normes plus strictes pour des constructions plus sûres
Au-delà de la dématérialisation, le gouvernement a renforcé les exigences techniques et sanitaires. L’utilisation de matériaux contenant de l’amiante est désormais interdite, tandis que de nouvelles normes sur la qualité du ciment ont été adoptées fin 2024 pour lutter contre les produits frelatés.
Autre nouveauté majeure : les études de sol deviennent obligatoires pour les bâtiments de plus de deux étages, afin de prévenir les effondrements liés à des fondations inadaptées. Ces mesures traduisent une volonté d’améliorer la sécurité des habitants et de réduire les risques structurels.
Le foncier, principal frein à la réforme
Aucune demande de permis ne peut aboutir sans un titre foncier ou un document officiel de propriété. Or, moins de 10 % des parcelles sont immatriculées à l’échelle nationale. Cette réalité pousse de nombreux porteurs de projets à utiliser des attestations coutumières, juridiquement fragiles, qui nourrissent les litiges fonciers.
Résultat : la réforme profite surtout aux classes moyennes et supérieures disposant de terrains sécurisés, tandis que l’informalité persiste dans les zones les plus précaires.
Construire durable, un nouvel enjeu
La modernisation du permis de construire intègre également une dimension écologique. L’État encourage l’usage de matériaux biosourcés, la récupération des eaux pluviales et une meilleure isolation thermique, notamment dans le cadre du Programme de Développement Urbain des Grandes Agglomérations (DUGAn) lancé en 2025. Le bâtiment est ainsi pensé comme un levier de résilience face aux inondations récurrentes à Lomé.
Si ces réformes sont saluées par des partenaires comme la Banque mondiale pour la réduction des délais et des coûts, plusieurs défis subsistent : l’accès inégal au numérique, le faible contrôle des chantiers après délivrance du permis, et surtout la question foncière, sans laquelle la modernisation restera incomplète.









