En Guinée, la tension politique s’intensifie après la dissolution de 40 partis politiques décidée par décret par le président Mamady Doumbouya. La mesure concerne plusieurs grandes formations de l’opposition et intervient dans un contexte déjà marqué par de fortes contestations.
Le gouvernement justifie cette décision par un « manquement aux obligations légales » de ces organisations politiques. Le décret entraîne la perte immédiate de leur personnalité juridique, l’interdiction de leurs activités et l’usage de leurs noms, logos ou emblèmes. Les biens des partis concernés seront également placés sous séquestre, sous la supervision d’un administrateur.
Parmi les formations dissoutes figurent notamment :
- l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo,
- le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) fondé par l’ancien président Alpha Condé,
- l’Union des forces républicaines (UFR).
Une décision vivement contestée
La mesure a rapidement suscité de nombreuses critiques de l’opposition et de la société civile. Plusieurs responsables politiques dénoncent une décision autoritaire susceptible de conduire à un système à parti unique.
Souleymane de Souza Konaté, responsable de la communication de l’UFDG, estime que « toutes les lignes rouges ont été franchies ». De son côté, Ibrahima Diallo, du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), considère que cette décision « officialise une dictature ».
Un climat politique déjà tendu
Depuis la prise du pouvoir par Mamady Doumbouya lors du coup d’État de 2021, les autorités sont régulièrement accusées de restreindre les libertés publiques. Les manifestations ont été interdites et plusieurs opposants ont été arrêtés, poursuivis ou contraints à l’exil.
Des organisations de défense des droits humains signalent également des cas de disparitions et d’enlèvements de militants. Deux membres du FNDC, Oumar Sylla (Foniké Menguè) et Mamadou Billo Bah, sont notamment portés disparus depuis juillet 2024.
Une transition politique controversée
Mamady Doumbouya, 41 ans, avait renversé l’ancien président Alpha Condé en septembre 2021. Une nouvelle Constitution adoptée par référendum en septembre dernier autorise désormais les membres de la junte à se présenter aux élections présidentielles et prolonge la durée du mandat à sept ans, renouvelable une fois.
Malgré ses importantes ressources minières, notamment en bauxite, la Guinée reste confrontée à de fortes difficultés économiques. Selon la Banque mondiale, plus de la moitié de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2024.










