Le Bénin est toujours sous le choc après la tentative de coup d’État manquée du dimanche 7 décembre. Trois jours après les faits, le principal instigateur, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, demeure intraçable. Officier expérimenté, discret, ancien chef d’un groupement d’élite, Tigri est désormais au cœur d’une traque nationale.
Un officier calme devenu chef de mutins
Âgé d’une quarantaine d’années, Pascal Tigri est un officier d’artillerie de la Garde nationale. Le 7 décembre, il apparaît à la télévision nationale, entouré de huit soldats, annonçant la destitution du président Patrice Talon et la création d’un « Comité militaire pour la refondation ».
Quelques heures plus tard, les forces loyalistes reprennent la situation en main. La mutinerie échoue. Une douzaine de militaires sont arrêtés, mais Tigri et plusieurs de ses compagnons disparaissent.
Un ancien chef des forces spéciales
De 2023 à janvier 2025, Tigri a commandé le 3ᵉ groupement interarmes de la Garde nationale, avant d’intégrer les forces spéciales, un corps d’élite formé pour les opérations de sauvetage et de contre-terrorisme.
Ce commando est réputé pour sa discipline et son entraînement intensif en survie en milieu hostile.
L’officier aurait également participé à l’opération Mirador, un vaste dispositif de lutte contre les incursions djihadistes au nord du pays. Une mission sensible qui lui conférait un rôle clé dans la sécurité nationale.
Un “soldat réservé”, pas un rebelle né
Décrit comme calme, poli et réservé, Tigri n’avait jusque-là aucun profil de meneur putschiste.
« Si c’est vraiment lui qui est à la manœuvre, il est en train de se faire manipuler », confie un haut gradé à Jeune Afrique.
Même son de cloche du côté de Senenews : « Un militaire discret, sans influence notable ni réseau politique identifié. »
Des observateurs évoquent un coup improvisé, davantage symbolique que militaire, nourri par le mécontentement face à la gestion sécuritaire du nord du pays, régulièrement touché par des attaques djihadistes.
Une traque régionale en cours
Selon les autorités, Pascal Tigri est toujours en fuite, tout comme le capitaine Samary Ousmane et le capitaine-major Castro Sambeni, aperçus à ses côtés lors de la déclaration télévisée.
Le gouvernement béninois a ouvert une enquête nationale et internationale pour identifier et arrêter les auteurs du putsch.
Un Conseil extraordinaire des ministres a été convoqué dès le 8 décembre. Patrice Talon a assuré que « tous les responsables seront traduits devant la justice ».
L’affaire Pascal Tigri révèle les tensions internes qui traversent les armées ouest-africaines et la fragilité de l’ordre constitutionnel dans une région marquée par la multiplication des putschs.










